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La couronne frontalière s’étend toujours plus autour de Genève

Posted by ardsl sur 8 novembre 2011

Les frontaliers s’installent toujours plus loin. Les élus lorgnent la compensation genevoise.

Oyonnax. Située à 90 km de Genève, la ville du Haut-Bugey compte une soixantaine de frontaliers. Depuis peu, l’influence de la métropole genevoise s’étend jusqu’à atteindre ce secteur du département de l’Ain pourtant éloigné de la frontière. Travaillant pour une société française dans l’export, Angélique Toulouse a ainsi choisi de s’établir à Izernore. «Ma zone d’activité comprend la Suisse, le Royaume-Uni et l’Irlande. Je devais donc être à proximité de la Suisse et d’un aéroport.» Pourquoi le Haut-Bugey? «Plus près c’est trop cher ! Au début, j’ai regardé sur Gex mais c’est de la folie.» Si elle évite les heures de pointe, elle met 45 minutes pour atteindre le canton et 55 pour l’aéroport.

En tout, ils sont 600 frontaliers à habiter au-delà de la zone dite frontalière, soit le Pays de Gex et la communauté de communes du Pays bellegardien. Si le phénomène est encore balbutiant, il va s’amplifier. La raison principale: les prix de l’immobilier. Comme en témoignent les agents immobiliers ou le Groupement transfrontalier. «Les frontaliers européens et les Suisses cherchant à se loger en France voisine n’hésitent plus à s’installer loin« , relève Jean-François Besson, secrétaire général du Groupement. « La barrière naturelle que constituait Fort l’Ecluse a sauté, notamment grâce au train. Mais surtout, avec les prix pratiqués dans le Pays de Gex ou en Haute-Savoie, les gens n’ont plus le choix.»

C’est aussi ce qui a poussé les Golinelli à élire domicile sur le Poizat. «Nous sommes originaires de Haute-Savoie« , explique Christelle Golinelli, qui travaille à Genève dans la finance. « Au départ, nous étions en location à Nangy (Haute-Savoie). Quand on a vu les prix en Haute-Savoie, on est vite allés chercher plus loin. Sachant qu’on voulait une maison et du terrain, on a préféré s’éloigner

«40 euros le mètre carré»

Situé sur le plateau du Retord, le Poizat séduit les frontaliers. Ils sont 21 sur 430 habitants, selon le décompte du maire Raymond Poupon. Pour se rendre à Genève, les Poizatiers prennent l’autoroute ou rejoignent la gare de Bellegarde pour monter dans le train direction Cornavin. Travaillant tous deux à Meyrin, le couple Golinelli covoiture. Contre toute attente, leur trajet n’est pas beaucoup plus long que lorsqu’ils habitaient à Nangy. «Il y a moins de bouchons. Le temps de parcours est plus régulier, soit 50 minutes. Et le soir, on se retrouve au calme, dans un petit village», indique la jeune maman.

«On offre à nos nouveaux habitants un cadre de vie exceptionnel« , s’enthousiasme le maire. « Mais aussi des services. Quand ils arrivent, ils demandent s’il y a une crèche, une école, un centre de loisirs… Et nous avons tout cela.» Mais surtout, les prix de l’immobilier sont ultracompétitifs.

«Ici, le m2 de terrain viabilisé est à 40 euros», précise Raymond Poupon. Résultat, le village voit pousser ici de nouvelles bâtisses, là, un lotissement. «On n’est pas contre l’arrivée de ces nouveaux habitants, s’empresse de préciser l’édile. On a tout intérêt à ce que nos villages vivent.»

Si, sur le Poizat, la majorité des frontaliers sont des nouveaux venus, quelques-uns sont des jeunes du village attirés par les salaires genevois. Un phénomène que constate aussi Jean-Pierre Carminati, à Nantua. «Le taux de change a rendu les emplois genevois attractifs même pour un secteur plus éloigné comme le nôtre, analyse le maire. La crise a accentué le phénomène. Les jeunes ont compris l’intérêt de franchir la frontière pour trouver du travail. Ils en ont parlé entre eux et il y a eu un effet boule de neige. De plus, grâce au pôle multimodal, Bellegarde est devenue une porte. Tous ces signaux cumulés ont focalisé l’attention sur Genève.»

Ils veulent leur part du gâteau

La logique des maires des communes concernées ne s’arrête pas là. Ils lorgnent la compensation financière genevoise (CFG). En effet, selon l’accord de 1973, le Canton de Genève rétrocède à la Haute-Savoie et à l’Ain une partie de l’impôt à la source payé par les frontaliers (à hauteur de 3,5% de la masse salariale). Les départements voisins conservent une partie de ces fonds et en reversent aux Communes en fonction du nombre de frontaliers. Seulement voilà, dans l’Ain, seuls le Pays de Gex, le bassin bellegardien et Seyssel et Corbonod ont droit à leur part.

Les maires situés hors zone sont donc en passe de se fédérer pour réclamer leur part du gâteau. Raymond Poupon mène le combat. «A une époque, la zone frontalière était bien définie. Il n’y avait pas lieu de revendiquer quoi que ce soit« , lâche-t-il. « Aujourd’hui, la donne a changé. On dépense de l’argent pour accueillir ces frontaliers. On revendique donc d’être aidé.» S’appuyant sur les chiffres de 2009, l’édile remarque que Chézery, qui comptait à l’époque 22 frontaliers, avait touché 45 000 euros. «Pourquoi certaines communes profiteraient-elles de cette manne et pas nous? C’est une question d’équité.»

D’où un courrier cosigné par les maires de Belleydoux et d’Echallon, à l’attention du Conseil général. «Nous ne sommes pas restés sourds à ce courrier« , réagit Guy Larmanjat, vice-président du Conseil général. « Ce point sera abordé plutôt en 2012. Mais il pose le problème des limites. Des frontaliers, il y a en a aussi à Bourg-en-Bresse.»Conscient des enjeux pour ce territoire, le maire de Nantua voit plus loin encore que la CFG: «On aurait tort de ne pas profiter de la dynamique de la métropole genevoise. Il peut être intéressant de raccrocher les wagons de la locomotive qu’est le projet d’agglomération.»

(Source : La Tribune de Genève).

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