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Modernisation du Mont-Blanc Express : duel au sommet entre Rhône-Alpes et RFF

Posted by ardsl sur 12 décembre 2011

2 rames du Mont-Blanc Express en gare de Vallorcine

Le projet avait été lancé fin 2006 par la signature d’un protocole d’intention réunissant la communauté de communes de la Vallée de Chamonix, le Conseil général de la Haute-Savoie, la région Rhône-Alpes, RFF, SNCF et le canton du Valais. Portant sur un total de 52 millions d’euros, il a été validé le 29 janvier 2011 aux Houches par la signature d’une convention de financement dans le cadre du plan de transport pour les Jeux olympiques d’Annecy, en 2018. Mais ce projet, antérieur à la candidature de la ville, restait indépendant des grands travaux ferroviaires voulus pour ces JO.

Rebondissement le 11 octobre dernier : une radio locale annonce que RFF se retire du projet Mont-Blanc Express. Information immédiatement démentie par RFF Rhône-Alpes-Auvergne, qui parle plutôt d’un rejet par plusieurs partenaires des deux scénarios de travaux proposés le 6 octobre lors d’un comité de pilotage à Annecy. En cause : un surcoût d’environ 10 millions, découlant des appels d’offres et consultations d’entreprises candidates. Le gestionnaire invite dès lors les partenaires à se retrouver le 18 octobre pour étudier un scénario moins coûteux.

Éric Fournier, le maire de Chamonix a défendu avec passion la modernisation de la ligne du Mont-Blanc Express lors du comité de ligne à Chamonix le 7 décembre

Éric Fournier, maire de Chamonix (Nouveau Centre), conseiller régional à la commission transports depuis près de dix ans, fustige une remise en cause du financement. Il ouvre sur Facebook un groupe nommé « Sauvons notre train » qui fédère en moins de 12 heures près de 2 400 membres. Les soutiens arrivent de partout en France mais aussi de l’étranger. Bernard Accoyer, maire d’Annecy-le-Vieux et président de l’Assemblée nationale y adhère. Éric Fournier assume le nom « dramatisé » choisi pour ce groupe : « Sauvons notre train », donc. Il explique que remettre les travaux en question pour des raisons financières c’est condamner à terme cette ligne, car si elle n’était plus performante, les partenaires risqueraient de s’en désintéresser.

Le 12 octobre, Éric Fournier est reçu en urgence au Conseil de la présidence de la République, à Paris, puis par le préfet de région et par le cabinet de Nathalie Kosciusko-Morizet et Thierry Mariani. À son retour, il donne des nouvelles encourageantes : « Il me semble clair que les parties rencontrées s’attacheront au respect des engagements pris au titre de la convention. […] RFF a donc jusqu’à mardi pour revoir sa copie. » Mais, en fin de journée, Bernadette Laclais, la vice-présidente de Rhône-Alpes, chargée des transports, s’exprimait au nom des partenaires, jugeant « inacceptables » les propositions faites par RFF. Elle ajoutait que les collectivités n’ont pas vocation à financer la régénération d’infrastructures avec les 35 millions qu’elles ont consentis pour le volet « développement des services et cadencement ».

Si, pour Éric Fournier, les mauvais calculs sont dans les choix techniques de réalisation du chantier, RFF refuse catégoriquement tout surcoût et estime in fine que, « dans ces conditions, la probabilité que des travaux puissent débuter en 2012 est faible ». Chacun se renvoie donc la balle. Le 17 octobre, Éric Fournier a fait éditer un communiqué expliquant au public la situation et son point de vue. Il y dénonce entre autres que, en « voulant intégrer dans les opérations des travaux de régénération de la ligne qui relèvent de sa compétence exclusive, RFF fait encourir le risque le plus dramatique qui soit à ce projet » : un abandon pur et simple. Le document évoque des surcoûts réels de 70 % pour la réalisation des travaux de la ligne (soit 23 millions) et de 54 % pour la rénovation du tunnel des Montets, passant de 17 à 26 millions.

Finalement, la réunion du 18 octobre a été annulée, et les partenaires se sont rencontrés début novembre, à Paris, au secrétariat général de RFF, en présence du préfet de région pour trouver une solution. Mais, en vallée de Chamonix, on a préparé, au cas où, un plan B. « On peut accepter un délai d’un an maximum mais pas plus, on peut même être plus rapide mais il faut aller vite, vite, vite », commente Éric Fournier. Et l’ensemble des partenaires semble déterminé à attendre quelques mois, mais surtout pas des années.

Éric Fournier, maire de Chamonix : « Un plan B est possible s’il y a une réelle volonté de l’étudier »

Un plan B parle de laisser la partie travaux de voie du projet aux agents de l’établissement pour faire baisser les coûts, est-ce réaliste ?

Éric Fournier. « Lorsque je vois des coûts sensiblement inférieurs sur la partie valaisanne de la ligne TMR (Transports Martigny et région, exploitant Châtelard-Frontière – Martigny) et des propositions ne s’appuyant pas sur la ressource et les cheminots locaux qui ont pourtant un savoir-faire en matière de maintenance, je m’interroge. J’ai fait passer quelques lignes au préfet de région sur ce sujet, en expliquant qu’il y a une technicité existante, avec près de 17 km de RVB déjà faits au fil des ans. Pour moi, ce plan B est possible s’il y a une réelle volonté de l’étudier. Confier les travaux de voie à l’unité opérationnelle voie de l’ÉMB (Établissement Mont-Blanc SNCF, exploitant multifonctionnel de la ligne Saint-Gervais – Vallorcine) est sans doute la piste la plus sérieuse et la plus solide. Je relayerai cette proposition. »

Le projet : une restauration de la ligne de fond en comble

Pour la ligne 

  • Un renouvellement voie et ballast de 17 km
  • la (re)création d’une voie d’évitement au Buet
  • la réfection de trois ponts-rail
  • l’installation d’aiguillages motorisés dans certaines gares
  • l’automatisation de la signalisation
  • la création de deux nouvelles sous-stations électriques
  • le cadencement à un train toutes les 30 minutes
  • l’amélioration des gares et des services en ligne.

Pour le tunnel des Montets

  • le confortement de la structure du tunnel
  • le ripage et l’enrobage de la voie pour créer une plateforme routière plus large
  • l’aménagement et la sécurisation de la traversée routière avec automatisation de l’alternat pour supprimer les escortes par la gendarmerie et les services de secours et d’incendie. C’est le Conseil général de la Haute-Savoie qui finance cette partie précise.

(Source : Ville, Rail & Transports).

Note : Cet article a été publié par Ville, Rail & Transports avant la tenue du comité de ligne le 7 décembre à Chamonix. Lire le compte-rendu.

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