ARDSL Association Rail Dauphiné Savoie Léman

Le blog des usagers

Fret ferroviaire, pourquoi il faut être optimiste !

Posted by ardsl sur 23 juin 2012

Tribune d’Anne-Laure Noat et Jérôme Wernert (Eurogroup Consulting) publiée par Les Échos le 22 juin 2012.

On associe trop souvent en France l’expression « fret ferroviaire » au seul nom de l’ancien opérateur national « Fret SNCF », dont les difficultés et l’évolution alimente régulièrement la presse.

C’est un fait que le transport de marchandises sur rail en France connaît un recul constant, à la fois en valeur absolue (-7% en 2010 après -21% en 2009) comme en valeur relative, par rapport au camion dont l’hégémonie sur les transports ne cesse de croître depuis 50 ans. Pourtant ces chiffres masquent une situation plus paradoxale qu’on ne le pourrait croire.

Dans le cadre d’une étude réalisée en tant que Knowledge Partner de Reed Exhibitions pour les 3èmes Journées Européennes du Fret Ferroviaire en mars dernier, Eurogroup Consulting a interrogé une soixantaine d’opérateurs, gestionnaires, représentants des pouvoirs publics et surtout chargeurs, sur la vision qu’ils avaient de l’avenir de ce mode de transport à l’échelle européenne. Il ressort des entretiens que les acteurs du fret ferroviaire en ont une vision très majoritairement optimiste, car ses fondamentaux sont bons. En effet, le fret ferroviaire demeure structurellement nécessaire à l’équilibre de la chaîne de transports, au moins en complément de la route qui ne peut absorber indéfiniment l’accroissement des volumes transportés. D’autre part, les chargeurs rencontrés manifestent la volonté d’un recours accru au transport ferroviaire, l’argument environnemental étant de plus en plus fréquemment mis en avant.

Alors pourquoi, malgré une demande et des acteurs optimistes et volontaires, le fret ferroviaire ne redémarre-t-il pas ? Contrairement à une idée répandue, le prix du fret ferroviaire n’est pas le principal frein invoqué face à la concurrence de la route ; les faiblesses majeures pointées par les chargeurs sont avant tout le manque de fiabilité du service ferroviaire (pour ses utilisateurs réguliers) et le manque de lisibilité de l’offre (pour les candidats ou les utilisateurs récents).

Le fret ferroviaire n’est pas encore au niveau des exigences imposées aux camions, qui sont devenues la norme pour la planification logistique des entreprises. Ce manque de fiabilité est le résultat d’un réseau vieillissant, dont les travaux de renouvellement nécessaires mais longtemps différés ont été engagés massivement, occasionnant des contraintes considérables ; c’est aussi le fait d’un héritage social et de réglementations contraignantes, qui handicapent principalement l’opérateur historique.

Le manque de lisibilité est la contrepartie de l’ouverture à la concurrence. Depuis mars 2006, une vingtaine d’entreprises sont entrées sur le marché, qui se partagent désormais près de 30% du chiffre d’affaires, cette part allant croissant. En parallèle, l’offre de l’opérateur historique s’est réduite et concentrée, de nouvelles offres locales sont apparues, rendant le marché difficilement compréhensible à qui n’est pas spécialiste du secteur…

À l’occasion de la présentation de notre étude, le 28 mars 2012 lors du Salon International du Transport et de la Logistique, les intervenants du débat ont chacun donné leur vision de la manière de sortir de cette situation paradoxale ; tous conviennent de la nécessité d’adapter l’offre, alors que la demande est bien présente. Cela nécessite que les acteurs se parlent, se rencontrent et prennent conscience de leurs besoins et contraintes respectifs.

Comment alors provoquer et soutenir ce dialogue ? L’organisation commerciale mise en place par RFF depuis 2008 est un premier pas positif vers un dialogue « tripartite » entre gestionnaires d’infrastructure, opérateurs et chargeurs ; mais plus encore, c’est le rôle des commissionnaires qu’il nous paraît nécessaire de faire évoluer : le fret ferroviaire a besoin en urgence d’un « intégrateur de la demande » connaissant aussi bien l’offre que la demande de transport ferroviaire, qui soit capable de jouer le rôle d’intermédiaire entre elles et de proposer de réelles solutions multimodales. Cela ne réglera pas dans l’immédiat les problèmes de fiabilité, mais contribuera grandement à recréer la confiance et les conditions du redémarrage du fret ferroviaire.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :