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Bernadette Laclais : «Comment des écologistes peuvent-ils contester le Lyon – Turin ?»

Posted by ardsl sur 17 juin 2012

Bernadette Laclais

Bernadette Laclais, députée-maire socialiste de Chambéry et première vice-présidente de la Région Rhône-Alpes, chargé des Transports prêche toujours pour le Lyon – Turin ferroviaire.

À l’instar de son mentor Louis Besson, Bernadette Laclais est une farouche partisane de ce projet ferroviaire qui suscite aujourd’hui nombres d’interrogations quant à sa faisabilité et son utilité. Un sujet qui est devenu un point de discorde entre les socialistes et leurs alliés écologistes, à la Rhône-Alpes. Une situation incompréhensible pour elle qui a fait de la défense du Lyon – Turin une sorte de profession de foi écologiste.

Elle a accordé une longue interview à La Voix des Allobroges. Extraits.

Le PS a accordé aux écologistes un grand nombre de circonscriptions en raison des résultats électoraux qu’ils ont pu avoir ces dernières années, mais ils n’ont pas pesé grand-chose à la présidentielle. Après coup, regrettez-vous cet accord ?

« Il ne faut pas se tromper. Les élections nationales ne sont pas très favorables aux idées écologistes, et même les écolos le disent. D’où l’accord sur les législatives. Reste que le score d’Éva Joly n’est pas représentatif du vote écologiste, on le voit bien aux élections intermédiaires avec des résultats très différents. Ce serait une erreur de considérer le score d’Éva Joly comme une référence, de même que les régionales représentent aussi un contexte particulier. Et puis les écologistes sont des gens avec qui nous travaillons, alors je ne remets pas du tout en cause les conditions de l’accord qui va leur permettre d’avoir une représentation à l’Assemblée nationale. Je soutiens donc Alain Caraco dans la 1ère circonscription et je le suis dans sa campagne sur les transports, notamment le Lyon – Turin. »

Sur ce sujet, il n’est pas représentatif d’Europe Écologie car il défend le Lyon – Turin, ce qui n’est plus le cas d’un grand nombre de militants et surtout du groupe d’élus qui siège à la région Rhône-Alpes.

« C’est un sujet un peu complexe, car j’ai constaté que, chez Europe Écologie, ceux qui connaissent le réseau ferroviaire en Savoie sont favorables au Lyon-Turin, y compris à son volet voyageur. C’est qu’on a un grand problème avec 43 km de voie unique entre Saint-André-le-Gaz et Chambéry. Alain Caraco partage cette analyse, mais les élus écologistes de Savoie ont une vision qui n’est pas celles de ceux qui connaissent les difficultés du réseau ferroviaire. »

En gros, Alain Caraco a dit qu’il fallait faire le Lyon – Turin pour qu’il y ait des TER en Savoie. Mais est-ce qu’il faut nécessairement un chantier international coûtant des dizaines de milliards pour arriver à avoir des TER dans nos vallées ?

« C’est sûr que pour ça, il n’y a pas besoin d’un terminal pour l’Italie. Mais le projet prévu dans l’enquête d’utilité publique prévoit bien un itinéraire destiné aux marchandises qui a besoin d’un double tunnel, et de l’autre côté un volet voyageur. »

Ce projet dépasse largement le sujet des TER savoyards, car il est d’abord international. Est-ce forcément lié ?

« Oui, dans la mesure où le projet a toujours été celui-ci, avec deux dimensions marchandises et voyageurs. Et aujourd’hui, j’ai beaucoup de mal à comprendre pourquoi des élus régionaux s’opposeraient à la desserte des deux départements. »

Il y en a des raisons de s’interroger sur le Lyon – Turin, et peut-être d’abord parce que ce projet apparaît par les temps qui courent comme pharaonique et infinançable…

« Ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est qu’on puisse se satisfaire de la situation. Même si l’on me dit que le trafic n’a pas augmenté autant qu’on le dit. »

Ça fait un moment que le trafic n’augmente plus…

« Peut-être, mais vous parlez d’un projet pharaonique, et moi je vous parle de report modal. »

D’autres parlent aussi beaucoup de développer le report modal sur la ligne actuellement sous-utilisée qui passe par le Mont-Cenis.

« Adapter la ligne historique, c’est l’analyse des opposants. Ils croient pouvoir tout faire à l’air libre. Moi, je pense que l’avenir est à des voies en partie couvertes. »

Mais au niveau de l’argent, comment ça se passe ?

« Ça fait l’objet d’une discussion concernant un plan de relance européen essentiel pour les infrastructures européennes. Il faut essayer d’avoir le maximum. N’oublions pas qu’on a eu à vivre cette année un accident qui a coûté la vie à cinq personnes. Cela traduit un trafic trop important. Alors pourquoi essayer de remettre en cause un projet qu’on défend depuis vingt ans et qui a fait un consensus ? D’ailleurs, l’opposition est plus extérieure que savoyarde. La vallée de la Maurienne n’est pas défavorable au Lyon – Turin. »

Il y a des éléments qui ont changé depuis les origines du projet. Là, vous parlez d’un accident bien sûr terrible, mais les chiffres du trafic routier ne sont pas du tout ceux prévu il y a vingt ans quand on annonçait qu’il y aurait deux fois plus de camions. Certains constatent au contraire aujourd’hui que le trafic a plutôt stagné.

« Le trafic n’est pas stable depuis vingt ans, mais c’est vrai qu’il y a eu la crise économique. Alors peut-on dire sur la base des chiffres que certains avancent qu’il y a eu stagnation ? Je ne sais pas. Mais quand bien même ça aurait stagné, reste pour la population le risque concernant la santé et l’environnement. Cela justifie une infrastructure dédiée. »

En tout cas, c’en est fini du consensus.

« Il y a un consensus avec la droite sur la desserte voyageur. Et il n’y a pas de projet où il ne faille se battre au niveau des États, alors si à chaque fois qu’il y a une difficulté on arrête… Il faut aller de l’avant. Nous savons très bien que nous sommes dans une période difficile pour le financement, mais on ne peut pas avoir voté le texte du Grenelle et refuser ça. D’autant que l’Europe a repéré le Lyon – Turin comme le maillon manquant et a confirmé qu’il fallait le faire. La question qui est posée au niveau européen, c’est le pourcentage du financement. Alors il faut discuter, mobiliser. »

C’est quand même étonnant qu’on ne sache toujours pas comment pourrait être financé ce grand chantier dont on nous parle depuis vingt ans.

« Aujourd’hui, il y a un accord France – Italie avec des engagements économiques. C’est déjà pas mal. Sauf qu’il y a beaucoup de méconnaissance et de sottise. On ignore qu’il y a eu cet accord le 30 janvier entre la France et l’Italie. »

Dans le Val de Suze, où on est particulièrement concerné par le projet, il y a une opposition très forte comme on l’a vu l’année dernière aux abords du chantier.

« C’est une majorité de groupes extrêmes qui sont contre le Lyon-Turin, une grande minorité pour le gouvernement italien. »

Dans le Val de Suze, l’opposition n’était pas le fait de groupes extrêmes mais de l’ensemble de la population.

« Il y a là-bas des élus qui ont exprimé leur soutien depuis que le projet a été modifié. Et s’il peut toujours y avoir des oppositions ponctuelles, la majorité des partis se sont prononcés pour le Lyon – Turin. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de contestations légitimes. »

Une des contestations du projet les plus courantes repose sur ce fait que les données ont changé depuis vingt ans, notamment en raison de l’avance prise par la Suisse avec ses tunnels et sa politique ferroviaire. Cela a impacté la répartition du trafic nord-sud et remettrait en cause l’utilité du Lyon – Turin.

« Je ne suis pas d’accord. L’évolution climatique comme les accidents qui ont eu lieu doivent nous inviter à être aussi ambitieux que la Suisse pour avoir un nouveau système de transport qui soit moins polluant et qui préserve la vie humaine. Comment des gens qui se revendiquent des mouvements écologistes peuvent-ils contester cela ? Je suis pour une ambition du ferroviaire, comme la Suisse a su le faire. »

En insistant sur les accidents ou sur les effets de la pollution, vous vous appuyez davantage sur l’émotion que sur la réalité des chiffres du trafic.

« On sait qu’un certain nombre d’accidents surviennent en fonction des risques du trafic. Et aucun scientifique n’a pu remettre en cause l’impact de la pollution sur les Alpes. »

La pollution est d’abord et très largement émise par les voitures.

« Et alors ? Est-ce qu’il faudrait dire pour autant que le trafic routier n’a pas d’impact ? Ce n’est pas comme ça qu’on va régler le problème. Mais il y a quand même des gens qui se battent depuis vingt ans à tous les niveaux dans tous les pays, et il n’est pas raisonnable de penser qu’il faudrait abandonner ce projet parce que le trafic augmente un peu moins que prévu. J’aimerais qu’on ait la même ambition que nos voisins suisses. »

Le chemin est aussi difficile pour l’environnement en ce moment, mais avec le niveau atteint par la crise, l’écologie semble être devenue le cadet des soucis des responsables politiques.

« Je ne pense pas. C’est un élément d’appréciation des politiques mais pas l’apanage d’un parti. Chez moi, c’est viscéral. Défendre le Lyon – Turin, c’est défendre l’environnement. Un plan ambitieux en matière de logement, c’est à la fois une dimension humaine et une dimension écologiste. Et quand je parle d’industrie, il y aussi des pistes industrielles et environnementales. Il y a une crise économique, sociale, financière, mais aussi environnementale. On a donc l’intention de mettre en œuvre un projet qui arrive à combiner tout ça.« 

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Alain Caraco : « la ligne nouvelle du Lyon – Turin est un instrument qui nous permettra de faire de la desserte régionale moyenne distance rapide et attractive »

Posted by ardsl sur 15 juin 2012

Les électeurs de la première circonscription de la Savoie (centrée sur Aix-les-Bains) devaient départager dimanche 17 juin Alain Caraco (EÉLV, soutenu par le PS, candidat de la majorité présidentielle) et Dominique Dord (UMP, sortant). Le député sortant a été réélu avec 59% des voix. Les questions de transports étaient au cœur des enjeux électoraux. Dominique Dord et Alain Caraco sont favorables au projet de ligne nouvelle entre Lyon et Turin.

Le député réélu, l’UMP, Dominique Dord (qui cumule cette fonction avec son poste de maire d’Aix-les-Bains et de président de la Communauté d’agglomération du lac du Bourget) mettait en avant dans ses documents de campagne (où ne figure aucune référence à son appartenance à l’UMP, parti dont il est le trésorier) sa mobilisation sur des « dossiers stratégiques comme le Lyon – Turin marchandises« . Dominique Dord veut donner la priorité aux marchandises pour « enlever un million de camions de nos autoroutes savoyardes« .

Il s’oppose aux aménagements prévus pour les trains de voyageurs. « La ligne nouvelle pour les voyageurs peut et doit attendre. Une dizaine de minutes gagnées par les voyageurs entre Lyon et Chambéry ne justifie pas la dépense extravagante« , avance le député sortant. Il poursuit en estimant que « les trains de marchandises doivent disparaître au plus vite de la ligne historique qui passa au bord du lac du Bourget« .

Dominique Dord propose un réaménagement « à moindre frais la ligne Lyon – Saint-André-le-Gaz – Chambéry pour gagner quelques minutes« . Le candidat UMP est opposé au contournement autoroutier de La Motte-Servolex et Chambéry.

Son adversaire, Alain Caraco défendait le Lyon – Turin dans sa composante fret, mais aussi dans sa composante voyageurs. Il a livré sa vision des transports dans une interview à La Voix des Allobroges. Extraits.

N’est-ce pas antinomique de défendre un projet de société écologiste en faisant cause commune avec un PS productiviste pour qui la croissance économique est la seule solution pour sortir de la crise ?

Alain Caraco : « Si les écologistes et les socialistes étaient absolument d’accords sur tout, il n’y aurait qu’un parti. Reste que les écologistes sans les socialistes resteront marginaux encore assez longtemps, et que les socialistes sans les écologistes ne feront jamais de majorité. On a besoin de s’entendre et, fort heureusement, ce qui nous rapproche est bien plus important que ce qui nous sépare. La croissance du stress, des déchets, je n’en veux pas. Par contre, la croissance de la production des énergies renouvelables, du réseau de transport en commun, d’un service public qui assure l’éducation et la sécurité, je suis pour tout en étant écologiste. Cela ne me pose aucun problème. »

La croissance voulue par le PS fait plutôt référence à la relance d’une politique industrielle…

« Il faut une politique industrielle. On a besoin d’un appareil productif pour les énergies renouvelables. Par exemple, il n’y a quasiment pas de vélo à assistance électrique produit en France, alors qu’il y aurait un marché extraordinaire. Donc il y a beaucoup de choses à concilier. Quand une région veut acheter des nouvelles rames de TER, le temps d’attente est de trois ans entre la commande et la livraison, parce que l’appareil productif est sous dimensionné en France. Parallèlement, l’industrie de l’automobile est surdimensionnée et en surproduction. Il y a une reconversion à faire qui profitera à tout le monde. »

Si vous êtes élu, quel serait votre premier geste de député ?

« C’est le transport du quotidien : il nous faut une communauté de transport, c’est-à-dire une offre unifiée en matière d’itinéraire, de tarifs et d’informations. »

Et au niveau du projet TGV Lyon – Turin, quelle est votre position ?

« Aujourd’hui, on a un vrai problème de transport de voyageurs et de marchandises entre la région lyonnaise et les Alpes du Nord. Les infrastructures ferroviaires existantes sont insuffisantes pour gérer l’ensemble du trafic, donc on ne fera pas l’économie d’une infrastructure nouvelle. C’est la nécessité du projet. »

Pourtant, dans l’avant-pays savoyard, la contestation du projet prend de l’ampleur depuis quelques semaines…

« Il faut écouter les habitants concernés et aller plus loin dans les études d’impacts pour trouver des solutions aux pollutions. Ensuite, il y aura forcément des expropriations, et elles doivent se faire de façon humaine. Enfin, ce projet ne doit pas rester isolé du reste du réseau ferré : il doit permettre d’augmenter la cadence des trains TER entre Lyon et Chambéry et permettre aux gens de ne plus prendre leur voiture. »

Donc pour vous, il n’est toujours pas question de remettre en cause le Lyon – Turin ?

« Cela fait 20 ans que ce projet est dans les cartons. Cela fait 20 ans qu’on dit que c’est pour dans 20 ans. On a laissé passer plein d’occasions. Alors est-ce que le projet actuel est parfait ? Sûrement pas. Mais si on le laisse encore passer, est-ce qu’on aura une chance faire un meilleur projet dans un délai raisonnable ou plutôt le risque élevé de faire circuler des voitures ? Avec ensuite le besoin d’aller chercher les gaz de schistes parce qu’il faudra bien les alimenter, et de faire le contournement autoroutier de Chambéry parce qu’il faudra bien les faire passer quelque part… À mon avis, le risque de ne pas le faire est plus important que de le faire le Lyon – Turin. »

Ce n’est pas l’avis du groupe EÉLV à la Région qui ne soutient plus ce projet depuis quelques semaines…

« Le projet est desservi par son nom. Il n’y aura pas beaucoup de trajets voyageurs entre Lyon et Turin. En revanche, il sera indispensable pour améliorer les liaisons inter-cités régionales, on n’a pas le choix. Elles sont bien plus importantes pour l’avenir de notre région que le bout en bout Lyon – Turin ou Paris – Milan. C’est pour cela que je défends le projet. »

Justement, pourquoi ne pas se concentrer tout de suite sur le développement de la desserte régionale ferroviaire ?

« La ligne nouvelle du Lyon-Turin est un instrument qui nous permettra de faire de la desserte régionale moyenne distance rapide et attractive. Elle libérera les lignes classiques pour faire de la desserte régionale courte distance. »

Alain Caraco est notamment soutenu par la maire socialiste de Chambéry. Bernadette Laclais, par ailleurs première vice-présidente de la Région Rhône-Alpes, a déclaré dans un entretien à La Voix des Allobroges : « je soutiens donc Alain Caraco […] car il défend le Lyon – Turin, ce qui n’est plus le cas d’un grand nombre de militants et surtout du groupe d’élus qui siège à la région Rhône-Alpes. C’est un sujet un peu complexe, car j’ai constaté que, chez Europe Écologie, ceux qui connaissent le réseau ferroviaire en Savoie sont favorables au Lyon – Turin, y compris à son volet voyageur. C’est qu’on a un grand problème avec 43 km de voie unique entre Saint-André-le-Gaz et Chambéry. Alain Caraco partage cette analyse, mais les élus écologistes de Savoie ont une vision qui n’est pas celles de ceux qui connaissent les difficultés du réseau ferroviaire. »

France Bleu Pays de Savoie avait organisé un débat avant le premier tour. Dominique Dord avait décliné l’invitation de la radio publique. Alain Caraco avait défendu la mise en place d’une autorité organisatrice de la mobilité durable pour gérer les questions de transport sur le secteur de Chambéry et Aix-les-Bains. Cet idée figure dans le programme de François Hollande pour les transports en septième position (lire). Il avait indirectement critiqué Dominique Dord en pointant du doigt la politique transports de la CALB. Pour Alain Caraco : « le mauvais élève c’est CALB, avec un versement transport trop fois plus faible qu’à Chambéry« . Et le candidat écologiste n’a pas manqué de citer un exemple très significatif : la desserte de l’université et de Technolac sur la commune du Bourget-du-Lac, avec un bus toutes les 10 minutes vers Chambéry (réseau STAC) et seulement toutes les 40 minutes vers Aix-les-Bains (réseau Ondéa).

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